Jack de Marseille

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Je suis à 100% ou presque sur vinyles...C'est un régal d'aller fouiller dans les magasins pour retrouver des morceaux. Il y a des centaines de sorties par semaine sur Internet: tu peux pas tout jouer, tu peux pas digérer car il te faudrait 10 h par jour.

Petite présentation pour ceux qui ne connaîtrait pas Jack De Marseille

Je suis DJ producteur depuis 17 ans. J'ai eu mon propre magasin de disque aussi pendant quelques années, Wax records de 1995 à 2003, j'ai un label qui s'appelle Wicked Music. J'ai déjà sorti des compilations mixées, j'ai sorti un album, j'ai fait quelques remixes... Un petit signe aussi par rapport à Grenoble puisque c'est la rencontre avec Kiko, Oxia, Olivier et Michel qui a vu naître les premières productions sur Ozone... Voilà une courte présentation qui retrace ce que je suis.

Peux tu nous dire comment tu es tombé dans la musique électronique ?

C'est un hasard, c'est une passion qui est née, c'est une révélation qui est arrivée à la fin des années 80 en écoutant les radios, en s'intéressant à des articles de presse. J'ai rencontré dans mon entourage des artistes, des DJ et puis j'ai eu l'opportunité pendant l'armée de connaître quelqu'un qui m'a permis de pouvoir mixer un peu, faire des remplacements l'été car j'étais moniteur de tennis avant et c'est comme ça que j'ai démarré au début des années 90. J'ai eu la chance au départ de remplacer quelqu'un, ça m'a plu, les années ont passé et ça fait 17 ans.

Tu es présenté comme un pionnier de l'électro en France

En 90 avec Garnier où il avait commencé 2-3 ans avant du côté de Manchester...

Avec ton expérience quel regard portes - tu sur la scène française techno actuelle ?

Au niveau de la production il y a une petite scène émergente, la plus grosse percée vient d'Agoria ces dernières années puisque The Hacker, Kiko, Oxia changent un peu de direction dans la production, la musique. Il y a une très grosse scène parisienne avec toute une nouvelle génération (Ed Banger, etc...), une scène minimale avec Freak n Chic qui est pas mal comme label aussi... On a remis un peu les compteurs à zéro depuis un an ou deux avec la minimale et l'électro comme en 97 avec la génération DaftPunk. Avec la minimale il y a une mode vestimentaire très poussée, une attitude différente, on a l'impression qu'on redémarre quelque chose avec des nouveaux artistes: c'est bien, c'est en train de muter, c'est une période de transition...

Tu penses quoi de la scène Rhône Alpine ?

On se connaît bien, ça mûri, ça passe, c'est toujours un plaisir, c'est une relation d'amitié. Il y a un échange d'idées, de passions qui sont hyper enrichissantes. Moi ça faisait pas mal de temps que l'on me disait qu'il manquait de lieux à Grenoble: la MC2 est un joli lieu pour faire une programmation plus régulière et surtout d'être à la hauteur de ce qu'il y a eu sur la scène locale, son histoire avec Kiko, Oxia, Gino S, The Hacker, Human Body... Il y a de la matière à Grenoble.

Le flambeau a t il été repris à Marseille derrière toi ?

Oh oui ! Pendant des années je n'y étais pas très souvent afin d'organiser ma carrière internationale qui était en train d'exploser. Je me suis aperçu que de nouvelles associations sont apparues. Il y a une scène indépendante autant au niveau des organisateurs que des producteurs...Je pense à Jean Vince aka Sarah Goldfrab qui produit sur Trapeze. Il y a Danton Eeprom sur Virgo Music: je dois en oublier il y a toute une nouvelle génération de producteurs et d'organisateurs ! Il y a plus de lieux qu'à Grenoble, quelques clubs aux alentours d'Aix en Provence, Marseille ainsi que le Cabaret Aléatoire qui est une salle de concert où il se passe pas mal de choses...Il y a des hauts, des bas mais dans l'ensemble on a de quoi faire toutes les semaines!

Comment tu te situes par rapport à l'évolution du métier de DJ ?

Oula ! Il y a eu un très gros changement avec la dématérialisation du support vinyle. Beaucoup de gens mixent au cd, au laptop, des téléchargements aussi...C'est une autre approche avec les nouvelles technologies, les tables de mixage,les boites à effet, le téléchargement, les platines cd... Le vinyle reste un produit de luxe… Les gens veulent peut-être vivre autre chose que de la musique et dépenser leur argent ailleurs que dans les vinyles... Les gens s'habillent mieux, on retourne dans la luxure un peu comme dans les années 80. On parle un peu plus argent, il y a une scène paillettes très populaire, très commerciale avec des artistes comme David Guetta, Bob Sinclaar, des artistes clubs... Il y a différentes scènes qui se côtoient, des labels qui se spécialisent de plus en plus avec des trucs intéressants...

J'imagine que tu travailles sur vinyles ?

Je suis à 100% ou presque sur vinyles...C'est un régal d'aller fouiller dans les magasins pour retrouver des morceaux. Il y a des centaines de sorties par semaine sur Internet: tu peux pas tout jouer, tu peux pas digérer car il te faudrait 10 h par jour. Il faut avoir des disques pour s'en servir, les partager, les faire découvrir aux autres !

Ca nous arrive à tous en tant que DJ d'avoir acheté un disque et de se dire après que c'était une " merde ": ça t'es arrivé ?

Je pense que tes oreilles, ton humeur, les conditions de l'écoute jouent là-dessus. Je pense qu'au fil des années tu dois avoir une décision plus précise, tu sais ce que tu veux. Ca peut t'arriver quand tu dérives, tu veux essayer quelque chose qui ne te ressemble pas: tu vas l'acheter mais plus tard tu vas rigoler en l'écoutant car il ne se marie pas avec les autres. Je ne me dirais pas "c'est quoi cette merde?" mais me poserais des questions. Il y a des morceaux pas faciles à amener aussi…

Après avoir écumé les dancefloors de la planète y a-t-il des publics plus chaleureux, plus enthousiastes que d'autres? Que ressens tu par rapport ces différents publics? As tu un souvenir marquant ?

C'est toujours différent, des destinations insolites: les îles (La Réunion, Tahiti, etc...), l'Afrique du Sud... Le Japon m'a marqué: à Tokyo, les japonais sont pertinents aux niveaux artistique et culturel, ils veulent se nourrir de nouvelles informations. Ils ont beau pas te connaître, ils sont réceptifs, attentifs à ce que tu fais: tu joues ce que tu veux, il y a un échange surprenant et c'est un réel plaisir! L'Angleterre a des gens beaux à voir danser, ils sont ouverts d'esprit. Les latins aussi s'expriment bien sur le dancefloor. Des lieux insolites aussi avec les raves, des pays émergents comme l'Arabie Saoudite, la Chine, l'Inde... Le Sénégal a été une bonne expérience: une différence de culture, de références...Dans la boite au Sénégal tout se faisait par session d'une demi-heure: M'Balla, Ivoirien, hip hop et électro...une approche différente.

Existe-t-il des soirées, des lieux où tu voudrais mixer ?

J'ai pas fait encore l'Australie, ça se rapproche...C'est bien d'avoir encore plein de choses à découvrir à travers la Terre: l'Afrique, l'Est de la Chine, l'Amérique du sud...

Tu es en tournée en France actuellement ?

J'ai toujours des dates en France: je tiens toujours à les montrer sur mon site plus que sur Myspace. Je suis content de rester un peu dans mon pays aussi après avoir beaucoup voyagé...Il y a plein de petits lieux sympas (100, 200, 300, 400 personnes): c'est bien de passer du temps chez soi, près des siens, des amis car plus tu voyages moins t'as de temps pour toi. C'est bien de prendre un peu de temps pour vivre pour soi.

On te connaît DJ mais tu es aussi producteur: peux-tu nous parler de la création de ton label Wicked ? La genèse, les obstacles rencontrés, les différentes productions, tes influences ?

C'était une suite logique après la création en 96- 97 du label Ozone puis Goodlife. Ca nous a permis de produire de plus en plus de choses entre nous (au départ c'était exclusivement nous sur ces labels) puis on a commencé à s'ouvrir et ça été un moyen de liberté d'expression que de sortir ce que l'on voulait. Je suis allé plus loin au début des années 2000, j'ai produit mon label licencié chez Wagram. Niveau obstacle c'est le problème de la distribution. Avec le téléchargement il y a moins de vente qu'avant, il y a plus de labels, le marché est contrôlé par la production et distribution allemande. C'est par vague, par mode... Je pense que c'est la fin d'un cycle musicale, le début d'un autre ou d'une fusion: il n'y a plus d'âme actuellement. La fusion musicale de styles peut être intéressante.

Comment travailles-tu la composition de tes morceaux ?

Il faut aller vers tes racines, ce que tu as au fonds de toi, tes propres influences: t'en servir pour te régénérer et mettre de ta personnalité. J'essaye de créer quelque chose dans la sonorité, prendre mon temps, ne pas copier, ne pas avoir peur des critiques: si tu as envie il faut oser ! Cela demande de la maturité. Si tu as une idée au fonds de toi il faut aller au bout.

Quels sont tes futurs projets ?

Oui pas mal de choses: pas mal de remixes et un maxi l'an dernier. Un projet de compilation chez Citizen le label de Vitalic. Un nouvel album en cours pour l'année prochaine ainsi que la création d'un dvd par la suite. Même s'il y a moins de production c'est quelque chose de personnel, c'est quelque chose qui vit en toi et il faut organiser ton emploi du temps pour exprimer ce que tu as au fond de toi.

Un petit message à faire passer aux internautes ?

Essayez de continuer à prendre du plaisir, surtout s'amuser d'avoir une approche pas trop sérieuse ou intellectuelle de faire de la musique, vraiment ressentir le côté instinctif, ressentir les choses naturellement avec fraîcheur...

Retrouvez JACK DE MARSEILLE sur Internet :
http://w4-web160.nordnet.fr
http://www.myspace.com/jackdemarseille

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