ADAM X
Écrit par Anthony Beauchet

En dehors de l'Ecosse, c'est en France que j'aime jouer le plus. Les français semblent toujours avoir eu beaucoup de respect pour la musique que je joue et que je compose.
Ta première signature remonte à 1990 sur le label Big Break : quels souvenirs gardes-tu de l’émergence de la Techno ?
A vrai dire, je n'ai jamais rien fait pour ses disques « Big Break ». Bones, pensant que je ne ferai jamais de la musique, a mis mon nom sur ces disques quand j'ai commencé à travailler dans le magasin de disques. C'était en fait Bones qui était derrière ces productions. Le premier disque dans lequel j'ai participé était P.L.U.M. sur Atmosphere Records NYC à partir de 1990, ensuite mes projets solos sous mon nom d'artiste dès le début de 1991 ainsi que partenaire dans X-crash. Les images qui me reviennent le plus de ces temps-là ce sont La musique elle-même. Il existait de nombreux styles musicaux de la Hardbeat belge, jusqu'au style Bass & Bleeps des disques Sheffield Warp, ou la techno Breakbeat et naturellement aussi la techno de Detroit. Il y avait tellement de musique unique et intéressante provenant de tant d'endroits et elle était souvent mystérieuse car il n'y avait ni internet, ni une bonne diffusion par la presse, donc la musique seule faisait sa réputation et pas les revues. Aux US, en 1990, il n'existait aucune revue techno. Nous nous rencontrions par petits groupes d'amis, puis ces amis en parlaient à d'autres et en peu de temps est née la scène techno à Brooklyn. Ce fut vraiment un temps faste.
Tu as organisé de gros évènements à New-York avec Frankie Bones, notamment les « Storm Raves » : quelles leçons as-tu tiré de ton expérience d’organisateur ? Fait-on la fête différemment aujourd’hui aux Etats-Unis par rapport à l’Europe de l’Ouest ?
A cette époque là, nos soirées Storm étaient aussi bonnes, sinon meilleures que ce qui se produisait dans la plupart de l'Europe. Ce sont les anglais qui ont commencé, mais personne ne pouvait égaler l'énergie de nos nuits que nous montions dans des entrepôts illégaux à Brooklyn. Je me souviens avoir joué dans une des toutes premières raves à Paris, la « Rave Age », avec Bones et Laurent Garnier début 1992. Cela ressemblait très fort au style de musique et à l'énergie des personnes présentes à ce que l'on faisait à cette époque à Brooklyn. La différence était que NYC était un endroit sauvage plein de violence, de meurtres et de division raciale et parvenir à rassembler 3000 personnes sans heurts était incroyable. Nous avons réussi à faire cela à de nombreuses occasions. Nous avons réussi à changer la culture de la jeunesse de Broklyn à cette époque là. Les guerres territoriales de quartiers étaient fréquentes à Brooklyn et lors d'une soirée Storm Rave, tous ces auditeurs, de quartiers différents, laissaient leur agressivité à l'extérieur, et cela au nom de la techno. C'était incroyable de voir cela et comment la musique diminuait cette tension.
Tu te surnommes toi-même le chamelon des genres, oscillant entre techno, minimal, electro, EBM : le public arrive-t-il à te suivre lors de tes transformations ? Quels sont les artistes qui t’influencent musicalement parlant ?
Essayez de le voir comme ceci: est-ce que le public peut suivre des DJ comme Dave Clarke, Laurent Garnier, Sven Vath, DJ Hell? Et bien OUI! Ils changents tous aussi de styles quand ils jouent. C'est peut-être parce que nous venons tous de la même génération quand la musique ne concernait pas de petits sous-genres de styles et c'est ainsi que nous pouvons « lire » notre public. Je suis originaire de la génération qui jouait beaucoup de genres de musique électronique pendant un DJ set. Je me souviens quand des labels comme R&S records sortait un disque house comme Jaydee Plastic Dreams une semaine et la semaine suivante ils sortaient un disque d'Aphex Twin et ensuite on entendait un DJ mixer ces disques dans le même set. Moi j'aime la musique sombre, la musique aggressive, la musique profonde, la musique qui se reflète et parfois un mélange de tous ces styles. Je dis merde à tous ces petits sous-genres et ces cliques de labels qui ne montrent pas d'émotion ou une seule émotion. Je suis l'homme de beaucoup d'émotions et je les expriment dans ma musique. En ce qui concerne les artistes qui influencent ma production musicale .........pour le moment il n'y en a pas. Je suis plus influencé par des genres musicaux différents et je mélange des sons différents pour créer mon son personnel, sans influence d'autres artistes. Ecoutez mon dernier album et essayez de trouver une influence d'artiste. Je pense honnêtement que vous ne trouverez personne.
1990-2007, 17 ans séparent ta première production de la dernière : y a-t-il des machines qui n’ont jamais quitté ton home-studio ? Numérique, analogique, un partie pris ?
J'ai vendu tout mon hardware sauf mes 2 TB-303 et ma Korg Monopoly. Mais ceux-ci ne se trouvent pas dans mon studio pour le moment, mais sont stockés à NYC et se couvrent de poussière. Je n'ai plus que des bécannes numériques. J'aime bien ma structure actuelle avec laquelle je peux passer d'un track à un autre tous les jours. Avant, quand on travaillait sur un morceau, il fallait le terminer avant de passer à un autre projet. C'est dû au fait qu'avec le système analogique que j'avais on ne pouvait pas sauvegarder des sons. Le fait de tourner un seul bouton pouvait ruiner un son sur lequel on avait travaillé pendant des heures. Cela me prenait beaucoup plus de temps pour créer ma musique. Cela m'énervait de devoir écouter les mêmes séquences pendant des heures. Certains enregistrements me prenaient des semaines. Avec le numérique, je peux me permettre parfois de revenir à des morceaux des semaines après pour les terminer avec une perspective nouvelle. Cela me convient parfaitement. Je peux également tester des morceaux dans des clubs et puis revenir faire des modifications pour améliorer le son. Je n'avais pas ces possibilités avant et je n'ai aucun regret.
Découvert à Brooklyn, vivant à Berlin, nous te voyons rarement en France alors que la minimale et la scène EBM y sont pourtant développés : est-ce un choix artistique de ta part où les programmateurs français font-ils la sourde oreille ?
Certainement pas un choix artistique de ma part. En dehors de l'Ecosse, c'est en France que j'aime jouer le plus. Les français semblent toujours avoir eu beaucoup de respect pour la musique que je joue et que je compose. C'est surtout à Paris que je suis le plus apprécié. En plus, mes ventes de disques ont toujours été plus importantes en France qu'en Espagne ou en Allemagne. J'aime beaucoup la communauté techno française que je trouve beaucoup plus ouverte à la techno plus sombre. Je joue de temps en temps en France, mais j'admets que j'aimerai y jouer plus régulièrement. Maintenant que je ne suis plus à 5000 kms, peut-être que vous me verrez plus souvent. Ce serait sympa. J'adore la cuisine française et aussi les françaises.......hehehehehe
Un DJ comme toi à forcément des anthems qui ne quitte jamais ton bag et des disques jamais sorti de tes étagères : quels sont tes inséparables et tes erreurs d’achat ?
En fait je n'ai pas d'anthems que je joue tout le temps, mais de temps en temps je rejoue des tracks bien old school ....mon favori étant « Edward & Armani » - Acid Drill en provenance de Belgique en 1989..... mais je ne suis pas certain que je considérerais cela comme un anthem dans le monde de la musique électronique d'aujourd'hui.
Sonic Groove, un label cofondé avec Frankie Bones et Heather Heart : quelle est la philosophie du label ? Comment s’adapte le label à la crise du disque actuel ?
La vérité sur le label Sonic Groove c'est que cela a été et est toujours un projet tout à fait personnel. Heather et Bones était co-propriétaires du magasin avec moi. Le label était produit avec de l'argent provenant du magasin, mais tous les enregistrements depuis ce temps-là sont des choix personnels. Le label existe toujours. La prochaine release sortira dans quelques semaines et est une sélection de 4 tracks des 12 morceaux de mon dernier CD. J'ai aussi des projets de sorties qui suivront rapidement. Le label sera très confidentiel car aujourd'hui le marché du vinyl l'est aussi. Je ne m'attends pas à faire des bénéfices de mes vinyls et donc je suis très sélectif avec ce que je produis, car si je reste avec même seulement 50 invendus, je peux perdre de l'argent. Mais le label est également numérique et je vois l'avenir comme une plateforme permettant à des artistes de produire leur musique, ce qui pourrait me rapporter gros. Le marché numérique est encore à son tout début, mais la techno est fortement concernée par les nouvelles technologies et je garde un esprit ouvert aux nouveautés dans ce domaine parce qu'après tout c'est une question de transmettre une musique formidable au public, quelque soit le format.
« State of Limbo », c’est le nom de ton dernier album sorti chez Rustblade : une connotation à double sens (limbe signifie « état incertain, indécis » mais renvoie aussi à la religion) ? Un retour vers des sons qui parlent au corps en réponse à la minimale mentale de Cologne ?
La première connotation est la bonne. Je ne comprends même pas de quoi tu parles dans la deuxième partie de ta question. LOL. Si tu regardes l'illustration de l'album, tu vois des horloges cassées. Pour moi cela représente le temps qui s'est arrêté. Etre dans un « State of Limbo » c'est être dans un état d'esprit où le temps s'est arrêté. C'est ce que j'ai ressenti émotionnellement en enregistrant la plupart de cet album quand j'habitais NYC. J'avais besoin d'un changement brutal, car j'y ai passé les 35 premières années de ma vie. J'avais l'impression que le temps s'était arrêté. La scène musicale s'était figée et régressait même de façon dramatique vers un état lointain. Des nuits qui avaient attiré 500 personnes, n'en attiraient même pas 200. Si je voulais organiser une soirée avec un line up original, le risque de perdre de l'argent était grand. Maintenant que j'habite Berlin, le temps avance à nouveau à un rythme intéressant. Je devrais appeler mon prochain album « State of Utopia »
Ton imagerie tourne pas mal autour de l’urbain, de l’industrie et parfois même du SM : Adam X habillé en couleur, même pas dans nos rêves ? La violence du quotidien est-elle source d’inspiration pour toi (comme pour les artistes de Détroit) ?
Eh je porte des couleurs....J'adore les tons gris, le vert militaire et le noir...LOL. Je ne vois pas ce que tu veux dire par la violence du quotidien car je ne suis pas engagé dans un combat. J'aime sortir de l'agressivité dans certains de mes morceaux, mais ma musique est pour la plupart inspirée par une exploration de la décadence urbaine, par mon amour des trains (j'ai grandi en taguant des tunnels de métro et depuis j'ai toujours aimé les trains) et ma musique s'inspire de ces expériences. Ma musique s'inspire aussi des films de science fiction, comme THX1138. L'inspiration S&M est aussi très présente, je n'y peux rien mais j'ai un fétichisme sexuel pour les femmes habillées de cuir et de latex....et beaucoup étaient source d'inspiration de ma musique depuis des années et j'ai l'intention que cela continue ainsi.
Quels sont tes projets artistiques pour l’année 2008 ? Les dates où il ne faut absolument pas te manquer ?
Pour le moment je me concentre sur mon dernier CD « State of Limbo ». Il est sorti la semaine passée. Je travaille aussi beaucoup sur de la musique nouvelle. J'ai presque terminé un autre album de morceaux mais ceux-ci sortiront probablement pour la plupart en maxis. Pour ce qui est des dates à ne pas rater: eh bien celles-ci sont celles qui ont lieu dans votre ville...LOL. Mais les dates à ne pas rater sont celles que j'organise au Maria Club de Berlin - « Crossing the Parallel », c'est-à-dire « Passant la Parallèle » - avec ma partenaire Nadja qui anime les nuits de Schlagstrom Industrial ici à Berlin. Nous mélangeons le meilleur de l'électro, la musique industrial, la techno et l'EBM en une nuit....et attirons les amoureux de ces scènes différentes. C'est un événement important et notre mission est de Passer la Parallèle de la scène et du son.....et jusqu'à présent on le fait avec un franc succès!!
Retrouve Adam X sur Internet :
http://www.adamx.net
http://www.myspace.com/adamx1
http://www.myspace.com/sonicgroove




